Déclaration liminaire de Sud éducation Paris à la CAPA d’avancement d’échelon des professeur-es certifié-es du 27 mars 2019

vendredi 29 mars 2019
par  Sud éducation Paris
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Déclaration liminaire de Sud éducation Paris à la CAPA d’avancement d’échelon des professeur-es certifié-es du 27 mars 2019

SUD Éducation s’oppose à la logique même du protocole sur les Parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR), qui s’applique à toute la Fonction publique d’État. Nous refusons toujours la logique de ce projet qui repose sur les entretiens professionnels et qui est l’instrument de l’arbitraire, de la mise en concurrence et de la division des personnels.

Ce projet renforce le poids de la hiérarchie dans l’évaluation et le déroulement des carrières, augmente la pression psychologique sur les enseignant-e-s, et divise encore davantage les personnels entre les « méritant-e-s » et les autres. Elle reste une évaluation hiérarchique dont le principal objectif est de mettre en place des avancements de carrière différenciés en fonction d’un mérite supposé. L’évaluation au soit disant mérite a déjà fait la preuve dans le privé qu’elle ne motivait pas les salariés. Par contre, elle reste un moyen de pression auprès des collègues qui y croient encore.

Par ailleurs, nous constatons sur le terrain que la mise en place des rendez-vous de carrière, plus solennels que les inspections du passé, renforce encore le stress face à l’évaluation des collègues.

Le rendez vous de carrière s’inscrit dans la continuité des réformes des missions et des obligations réglementaires de service des enseignant-e-s, qui imposent toujours plus de tâches et de missions sans réduction du temps d’enseignement.

C’est un moyen de pousser les personnes à faire des tâches annexes, chronophages et lourdes, sans décharge de service ni indemnités. C’est plus de travail pour les professeurs principaux dont la prime n’a pas été revalorisée depuis 1997, professeurs principaux qui en terminale remplacent les anciens CO-PSY et sont amenés à fournir un travail considérable d’orientation en vue de parcoursup. C’est aussi, pratique plus récente, mais qui a le vent en poupe, une demande des personnels de direction de faire remplir aux différents PP, avant les conseils de classe, les avis de ces mêmes conseils, alors même que ces conseils n’ont pas eu lieu et quel que soit le niveau.

Nous rappelons que c’est du ressort des personnels de direction de retranscrire la synthèse du conseil de classe, les enseignants n’ont pas à la rentrer ex-ante : nous n’avons ni la délégation de signature, ni la rémunération qui va avec.

Revenons à la grille nationale d’évaluation des compétences. La grille nationale d’évaluation définit onze compétences, dont six ne sont pas en lien avec l’enseignement d’une discipline. Les IPR et les chefs d’établissement évaluent les compétences comme la « coopération au sein d’une équipe », la « contribution à l’action de la communauté éducative », le fait d’agir « en éducateur responsable et selon des principes éthiques » ou de « s’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel »… Ces compétences relèvent de dimensions comportementales et relationnelles et dépendent du contexte.

De plus, ce système crée de la concurrence et des ambiances de travail délétères entre les personnels qui se demandent pourquoi un tel ou une telle est plus « méritant·e » que tel·le autre. L’accès à la classe exceptionnelle va dans le même sens en divisant les personnels qui se sentent tous aussi exceptionnels que les promu·e·s ! En définitive, cela laisse le pouvoir au chef de service (chef d’établissement…) de décider de qui a une promotion… ou pas, renforçant ainsi les logiques clientélistes. Avec un maximum de 10% de passage en classe exceptionnelle dont 8% réservés à ceux et celles qui ont des fonctions ou missions particulières - si ce n’est pas le cas, on aura donc une chance sur 50 d’accéder à cette classe !

Il a été mis en évidence que les dés étaient pipés d’avance en atteste la CAPA sur les recours des rendez-vous de carrière du début d’année 2019. Certes ces recours étaient peu nombreux au regard du nombre de collègues inspectés. Mais la faiblesse de ce nombre témoigne davantage d’une mésinformation sur la possibilité du recours que d’une approbation des collègues. SOLIDAIRES avait voté contre le PPCR, SUD éducation aidera tous les collègues qui nous sollicitent à rédiger leurs recours et les incitera à le faire. Nous soutiendrons également ceux qui refuseront de participer à cette « mascarade »

Lors de cette CAPA la hiérarchie était bien en peine de définir des critères dits objectifs afin de respecter des quotas de promouvables. Il ne pouvait y avoir que 10 % d’excellents et 45 % de très satisfaisants. Nous ne reviendrons pas sur nos interventions à ce sujet mais nous voudrions juste insister sur deux points qui soulignent l’indiscutable objectivité de ces appréciations par un commentaire de l’inspection « j’entends que c’est difficilement compréhensible » et celui d’un personnel de direction qui affirmait qu’un collègue devait consolider l’item« contribuer à l’action de la communauté éducative et coopérer avec les parents d’élèves et les partenaires de l’école/l’établissement » et ce sans aucune forme d’explication...

Le ministère a décidé d’avance que 70% des enseignants font mal leur travail et ne méritent pas le même avancement.

Les nouveaux critères d’évaluation relèvent donc en grande partie de dimensions comportementales et relationnelles, bien au-delà des principes de déontologie professionnelle et du respect des missions de service public.

Avec le projet de loi Blanquer qui vise à museler les enseignants, les dimensions comportementales et relationnelles prendront tout leur sens : Le premier article de loi stipule « que pour instaurer la confiance dans la communauté éducative les personnels de l’éducation nationale, notamment les enseignants, ont un devoir d’exemplarité. » Et plus loin « « En dehors du cadre de leurs fonctions, lorsque les personnels de l’éducation nationale ont à s’exprimer, ils peuvent être sanctionnés, s’il est jugé qu’ils portent atteinte à la dignité de l’institution ». On voit où le ministère veut en venir.

Sud Éducation rappelle son attachement au devoir de discrétion de la loi Le Pors de 1983 qui fait d’un fonctionnaire, un citoyen et non lèche-botte inféodé au gouvernement en place. Nous refusons de devenir de nouveaux chiens de garde.
C’est pourquoi nous profitons de cette CAPA pour reprendre quelques éléments d’un tract produit par Sud éducation Paris.

L’école de la « confiance » ? Un projet autoritaire, libéral et réactionnaire
Le devoir d’exemplarité des enseignant-es est une menace sur la liberté d’expression et notamment sur le droit de critiquer la politique éducative du gouvernement. Dans le même temps, des enseignant-es de CP font les frais de l’autoritarisme ministériel (pressions d’IEN, menaces de sanctions disciplinaires) simplement parce qu’ils-elles n’ont pas fait passer les évaluations nationales ou refusent de faire remonter les résultats. Dans le second degré, des réunions parents-profs ont été interdites et des collègues qui avaient prévu de mettre 20/20 sur tous les bulletins du deuxième trimestre ont subi eux-elles aussi des pressions.

La création des EPSF (Établissements Publics des Savoirs Fondamentaux) est une modification majeure du système éducatif. Ce projet consiste à fusionner dans « le même bassin de vie » plusieurs écoles avec un collège dont un-e des principaux-ales aura la charge de la gestion hiérarchique des professeur-es des écoles, de la relation avec les parents… Les conseils de maîtres-ses et les chargé-es de direction vivent peut-être leurs dernières heures...

Dans la logique de contractualisation à l’œuvre dans la fonction publique, les assistant-es d’éducation préparant les concours de l’enseignement pourront se voir confier des tâches d’enseignement sans statut, dans des conditions de travail indignes et pour un salaire de misère.

L’obligation de scolarisation des enfants dès trois ans, alors que 97 % le sont déjà, cache mal l’objectif du gouvernement : obliger les communes à financer les écoles maternelles privées à hauteur des financements de l’école publique.

La formation des enseignant-e-s n’est pas épargnée : si le nom change encore, c’est surtout la reprise en main des enseignements par le Ministère qui doit être dénoncée.

L’École de la confiance ? :Une école du tri social, encore plus inégalitaire et réactionnaire

Parcoursup et l’affectation en fac selon l’origine sociale et les résultats scolaires des élèves, la réforme du lycée professionnel avec notamment une baisse des horaires d’enseignement général d’environ 20 %, la réforme du lycée général et technologique qui individualise les parcours des élèves en augmentant la sélection et la méritocratie dans un contexte de hausse importante des effectifs et de baisse des moyens, la réforme du bac qui devient un diplôme maison... la cohérence des attaques de ce gouvernement contre le service public d’éducation est encore renforcée par deux projets de loi en passe d’être votés. D’une part celui sur la fonction publique avec l’augmentation du recours aux contractuel-les et le démantèlement des commissions paritaires. D’autre part, celui sur « l’école de la confiance », pierre angulaire de l’attaque libérale réactionnaire de la start-up macronnienne.

Sud Éducation Paris apporte tout son soutien à tous les collègues et tous les établissements en lutte contre les projets gouvernementaux quelque soit l’employeur et le lien de travail.

Enfin, en ce qui concerne cette CAPA sur l’avancement d’échelon, nous nous réjouissons bien sûr que les collègues puissent connaître une augmentation salariale.
Nous voudrions toutefois rappeler que :

- en 1976, un enseignant certifié touchait environ 2 fois le SMIC (source traitement des fonctionnaires) ;

- en 2018 environ 1,3 fois le SMIC, ce qui souligne une paupérisation des certifiés ;

- en 2018 en début de carrière, par mois un certifié touche environ 300 euros bruts de moins qu’un agrégé et environ 800 euros bruts au bout de 30 ans. Nous rappelons notre attachement au principe juridique à savoir à travail égal, salaire égal ;

- nous nous « réjouissons » de savoir qu’il existe des moyens d’augmenter les salariés en ces temps de répression, en atteste la hausse des salaires depuis 2019 de 120 à 150 euros par mois des policiers, d’une prime de 400 euros depuis août 2018 pour les gardiens de prison… On voit où vont les priorités gouvernementales.

SUD éducation revendique :

- une évaluation coopérative et purement formative déconnectée de l’évolution des rémunérations plutôt qu’une mise en concurrence des collègues ;

- une réduction du temps de service qui permettrait concertation et échanges pédagogiques ;

Sud éducation revendique aussi le corps unique : même salaire / même statut pour tous quelque soit la fonction exercée, avec un minimum de 2000 euros nets,

Dans l’état actuel des choses nous demandons l’avancement pour tous au meilleur rythme comme c’est déjà le cas pour ceux qui sont chargés de l’évaluation des personnels, c’est-à-dire les inspecteurs et chefs d’établissements.


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