Alerte sur l’extension des PIAL dans l’académie de Paris : l’école inclusive au rabais, l’exploitation des AESH accrue

mercredi 17 juin 2020
par  Sud éducation Paris
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Informations du rectorat et liste des PIAL suite à la réunion du Comité technique académique du 23 juin 2020

Une quarantaine de collègues se sont réuni-es devant le rectorat lundi 22 juin en fin d’après-midi pour exprimer notre refus de la généralisation des PIAL prévue par l’académie pour la rentrée 2020-2021. Ce projet a été présenté ce mardi 23 lors du Comité technique académique. Voici les informations dont nous disposons à l’heure actuelle et la liste des PIAL qui vont être mis en place à la rentrée prochaine.

SUD éducation Paris a réaffirmé son opposition à l’extension des PIAL.
Le Rectorat a, de son côté, mis en avant le principe de la continuité de l’accompagnement des élèves en situation de handicap.
Aujourd’hui, 10 050 élèves en situation de handicap sont scolarisé·es dans l’Académie de Paris dont 70% bénéficient d’une aide humaine, qu’elle soit individuelle (40%) ou mutualisée (60%). 60-80 élèves sont encore en attente d’une aide humaine individuelle.
Les problèmes de statut et de rémunération sont renvoyés par le Rectorat à l’échelon ministériel.

Le Rectorat convient qu’il y a eu des difficultés dans la mise en place des PIAL à la rentrée 2019 mais estime que les procédures et les outils mis en place au cours de l’année 2019-2020 ont permis de pallier ces difficultés.

La discussion sur l’extension des PIAL a été l’occasion, pour SUD éducation Paris, de poser des questions précises sur la mise en œuvre concrète :

1. Que vont devenir les Pôles dans le cadre de l’extension des PIAL ?
Les pôles sont amenés à disparaître et les coordonnateurs·trices de pôles sont amenés à devenir coordonnateurs·trices des AESH-co (puisque les AESH-co sont formellement nommé·es en PIAL mais ne seront pas géré·es par les pilotes de PIAL) ou à intervenir dans l’accompagnement ou le recrutement des AESH.

2. Qui va coordonner les PIAL et quel va être le rôle des directeurs-trices d’école dans ces PIAL ?
Les PIAL seront toujours coordonnés par des AESH et les directeurs-trices, dans ce cadre, échangeront avec les pilotes de PIAL pour mettre en place l’accompagnement.
SUD éducation Paris appelle les collègues à refuser d’assurer la coordination des PIAL.

3. Comment se fait-il que l’extension des PIAL ait été mentionnée dans la circulation académique du 1er degré Inform@lire et aurait dû faire l’objet d’une formation en visioconférence pour les directeurs-trices d’école avant même que le CTA soit consulté ?
Le service de l’école inclusive a voulu préparer l’extension des PIAL et a donc pris les devants.

4. Comment vont être affectés les AESH qui travaillent dans une école qui change de PIAL ?
C’est l’AESH qui décidera s’il préfère être dans l’ancien périmètre ou le nouveau périmètre.

5. Quel est le calendrier prévu pour les signatures de renouvellement de contrat, les affectations et les signatures d’avenants ?
Un courrier va être adressé prochainement aux AESH pour les informer de leur nouvelle affectation en PIAL. L’affectation précise sera connue ensuite, autour du 10 juillet.
Les avenants seront envoyés pour la rentrée de septembre directement dans les PIAL.
Le vademecum ministériel sera complété dans le cadre d’un guide académique.

Liste des PIAL prévus pour la rentrée 2020-2021

Liste des PIAL collèges/cités scolaires - écoles pour la rentrée 2020 2021
Liste des PIAL lycées pour la rentrée 2020 2021

Alerte sur l’extension des PIAL dans l’académie de Paris : l’école inclusive au rabais, l’exploitation des AESH accrue

Introduits par la loi Blanquer en 2019, les Pôles Inclusifs pour l’Accompagnement Localisé (PIAL), présentés par le ministère comme un moyen de « prise en compte des besoins au plus près de la réalité », sont des regroupements d’écoles et d’établissements du 2d degré dédiés à la gestion de l’accompagnement des élèves en situation de handicap et qui s’inscrivent dans la logique plus globale de démantèlement de l’accompagnement individuel au profit d’un accompagnement de plus en plus mutualisé, dans une volonté d’économie de moyens.

Inauguré à la rentrée 2019-2020 dans l’académie de Paris, ce dispositif concernait 3 lycées, 27 collèges et 152 écoles, regroupés dans 28 PIAL. Et, alors qu’aucune évaluation de leur efficacité n’a été faite, que les AESH, premier·es concerné·es, n’ont pas été consulté·es... L’académie de Paris prévoit leur généralisation à toutes les écoles et tous les collèges et lycées de Paris pour la rentrée 2020-2021 !

Communiqué extention des PIAL dans l’académie de Paris à la rentrée 2020
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Mise en place des PIAL, quelles conséquences ?

Un accompagnement au rabais
Pour couvrir les besoins et pallier les difficultés de recrutement, les AESH sont amené·es à accompagner de plus en plus d’élèves avec donc de moins en moins d’heures pour chacun·e. Des collègues se sont retrouvé·es dans des situations ubuesques (accompagnement d’un·e élève pour une heure hebdomadaire, regroupement des élèves en situation de handicap dans la même classe, élèves qui se retrouvent avec 3 AESH, etc.). Lorsque le ministère déclare que tou·tes les élèves qui en ont besoin sont accompagné·es, il omet de préciser dans quelles conditions. Il ne s’agit plus d’accompagner pour favoriser l’inclusion mais d’optimiser et de rentabiliser des ressources humaines pour répondre à un besoin de chiffres.

Un renforcement de la hiérarchie
Les PIAL sont placés sous la responsabilité hiérarchique des chef·fes d’établissement et des IEN de circonscription (pilotes de PIAL) mais leur gestion (accompagnements, emplois du temps) est confiée à un·e coordinatrice·teur. Dans l’académie de Paris, cette mission a été confiée à des AESH volontaires, recruté·es sur profil parmi les collègues en poste et bénéficiant pour cela d’une décharge partielle de leur temps de travail. Cette organisation met en place des échelons hiérarchiques entre les collègues et ouvre la porte à une forme de caporalisation.

Une organisation maltraitante et pathogène

Affecté·es directement au PIAL (et non plus aux écoles, collèges ou lycées), les AESH ont vu leurs lieux de travail et leurs déplacements se multiplier. Elles et ils ont dû faire face tout au long de l’année aux changements incessants d’emplois du temps et d’élèves ainsi qu’aux injonctions hiérarchiques absurdes, renforcées par le sentiment de toute puissance de certain·es collègues coordinatrice·teurs de PIAL. Nombreuses·eux sont les collègues qui témoignent d’une perte de sens de leur travail et d’un sentiment d’inutilité.

SUD éducation Paris continue de s’opposer au démantèlement de l’accompagnement individualisé, à la mise en place des PIAL et à leur extension dans l’académie de Paris.
SUD éducation Paris appelle les collègues :
- à résister aux injonctions d’accompagner de plus en plus d’élèves ;
- à refuser d’assurer la coordination des PIAL.

En attendant les droits régressent

Les salaires stagnent. L’amélioration du statut par les contrats de 3 ans n’est que de la poudre aux yeux. Les AESH demeurent relégué·es à la marge des équipes pédagogiques, invisibilisé·es au quotidien. Les conditions de travail dans les PIAL et l’utilisation des AESH comme variable d’ajustement de l’accompagnement des élèves en situation de handicap renforcent l’exploitation de ces travailleuse·eurs pauvres de l’éducation nationale. Les dérives sont monnaie courante : ici on demande aux AESH de trier les colis de rentrée, là de s’occuper de tou·tes les élèves en difficulté.

S’organiser et lutter
Nous n’obtiendrons aucune amélioration de nos conditions de travail et de notre statut sans un rapport de force conséquent à même de faire plier le gouvernement. Depuis plusieurs années, des AESH s’auto-organisent au sein de collectifs de lutte pour mener une double bataille : celle de l’obtention d’un statut de fonctionnaire et celle du respect du peu de garanties obtenues ces dernières années dans l’académie de Paris. SUD éducation Paris se tient à la disposition de ces collectifs pour leur apporter le soutien matériel, financier et militant.

SUD éducation Paris revendique la titularisation des AESH, sans conditions d’ancienneté, de diplôme, de nationalité, l’augmentation des salaires et la baisse du temps de travail, et appelle les collègues AESH à renforcer la lutte.


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