2nd degré : Des enfants de Cayenne au marché du travail

mercredi 29 novembre 2017
par  Sud éducation Paris
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4 pages second degré de Sud éducation Paris

Un début de parcours remarqué !

Nommé ministre de l’EN en mai 2017, Blanquer n’est pas un inconnu et fait déjà consensus... à droite ! Recteur de Guyane en 2006 il n’aura de cesse de développer le précariat par la multiplication des emplois non-statutaires. Recteur de l’académie de Créteil à partir de 2007, il expérimente à tout-va : « micro-lycées », « mallette des parents », veut faire entrer « tous les élèves dans l’ère du 2.0 », et instaure des conventions d’éducation prioritaires avec Sciences-Po… Dans le même temps, 80 000 postes d’enseignant-es sont supprimés, le point d’indice est gelé, et la formation des enseignants est supprimée. En décembre 2009, il devient le directeur général de l’enseignement scolaire de Luc Chatel. Parallèlement à la casse programmée du service public d’éducation, Blanquer laisse prospérer des fondations privées telles la Fondation pour l’égalité des chances et Agir pour l’école ; mène des partenariats avec l’EN, pilotées par le think tank libéral Institut Montaigne et financées par des entreprises privées : l’Oréal, Airbus, Total, Sodexo, Coca-Cola Enteprise… En 2013, il accède naturellement au poste de directeur général du groupe ESSEC.

Une vision de l’éducation marquée… à droite !

C’est donc comme chef d’entreprise qu’il envisage de mener la politique publique d’éducation : autonomie des établissements et poids accru de la hiérarchie sont les maîtres mots. Blanquer espère un recrutement des enseignant-es sur postes à profil par les chef-fes d’établissement. Il veut cadrer les pratiques pédagogiques dans l’éducation nationale en renforçant les pouvoirs de ces dernier-es ainsi que des directeurs-trices d’école qui deviendraient les supérieur-es hiérarchiques des enseignant-es du 1er degré. Ainsi, les collèges devraient pouvoir moduler les volumes horaires de maths et de français en prenant sur le temps des autres disciplines. La réforme du lycée de 2010 menée par Chatel avait déjà mis en concurrence les collègues au sein des établissements, et avait diminué les DHG… L’esprit droitier de la concurrence, entre et au sein des établissements, plane au dessus du système éducatif.

Le grand tri sélectif !

Blanquer veut que la culture de l’évaluation entre dans l’école ; l’évaluation dans le sens d’un tri scolaire et social. Il n’a jamais caché sa volonté de faire un nouveau « collège commun » qui préparerait des parcours spécifiques pour les élèves qui seraient réunis en groupes de « compétences » donc, de fait, de niveau. Il va même plus loin en cassant le baccalauréat. C’est le retour du projet Fillon de 2005. Il s’agira de réduire le bac à 4 épreuves. Il ne donnerai plus accès à n’importe quelle université. Chaque établissement pourra exiger un certain niveau dans les disciplines présentées. C’est la sélection assurée comme le font déjà certaines universités. Pour les autres, c’est l’exclusion sociale ; ainsi Blanquer recommande la fin de la poursuite d’études supérieures pour les bacheliers pro. La réforme de l’entrée à l’université instaurant la sélection va dans ce sens.

Le retour du renard dans le poulailler !

Les objectifs de Blanquer s’inscrivent dans le prolongement des politiques précédentes : ne rien faire pour lutter contre la ségrégation et pour favoriser la mixité sociale ; ne rien faire contre les causes profondes des inégalités sociales et scolaires ; ne pas revenir sur les assouplissements de carte scolaire et le financement scandaleux des établissements privés par des fonds publics. Le ministre a ses marottes : les neurosciences comme solution à l’échec scolaire, des évaluations directement utilisables par les enseignant-es, des devoirs faits, une école de la bienveillance. Et à côté de cela, ce sont des postes de contrats aidés qui disparaissent, grèvant le bon fonctionnement des établissements ; c’est le gel du recrutement dans l’éducation nationale, en affirmant que « nous avons le nombre de postes qui convient » ; c’est la remise en cause des examens et des programmes nationaux ; en témoigne la démission du président du Conseil des programmes. C’est, en perspective, la casse du système public d’éducation et la porte grande ouverte au privé et au monde de l’entreprise. Blanquer était d’ailleurs présent à l’université d’été du MEDEF...

Piqûre de rappel : NOS CONDITIONS DE TRAVAIL

Les obligations de service des enseignant-es n’ont jamais été modifiées lors des diverses mesures de révision de la durée légale du travail. Bien au contraire, la charge de travail des enseignant-es n’a cessé d’augmenter et de se diversifier. Désormais, au-delà des tâches de préparation et de gestion des cours, se développe un ensemble de contraintes et d’activités « annexes », nécessaires et chronophages : conseils, réunions, concertations, orientation, etc. Deux études sur le temps de travail des enseignant-es en 2010, publiées le 13/07/2013 par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du Ministère de l’éducation nationale (DEPP), confirmaient cette augmentation de la charge de travail.

Les obligations de service des enseignant-es du second degré, modifiées par le décret du 20 août 2014 (JO du 23 août 2014) et par sa circulaire d’application du 29 avril 2015 (BO 18 du 30 avril) n’ont fait qu’accentuer cet état de fait. Ajoutés d’autres réglementations, notamment celles créant les IMP, associés à ces nouveaux statuts, ces textes, en application depuis la rentrée 2015, ont pour conséquence d’alourdir la charge de travail des enseignant-es, au nom d’une prétendue « reconnaissance des missions », en termes d’horaires et d’obligations de service, d’accentuer et de multiplier les pressions hiérarchiques et la concurrence entre les personnels. Ajoutons que le décret officialise les affectations sur trois établissements

Les nombreuses missions qui incombent désormais aux enseignant-es ne donnent en réalité lieu à aucune réduction de service et les textes réglementaires se contentent de les lister. Rien n’est fait pour diminuer le temps de travail des enseignant-es, qui, pour Sud Éducation Paris est un enjeu prioritaire des luttes à mener – et ce par delà notre profession.

C’est tout l’inverse : les maxima de services ne baissent pas et, pire, la hiérarchie met en place un système de pondération largement défavorable, dans les faits, pour une majorité de collègues. Les PLP en sont officiellement exclu-es tout comme les enseignant-es du 1er degré intervenant dans le secondaire (Segpa, EREA et ULIS). Est mis en place le tout indemnitaire plutôt que des décharges de service. L’explosion du temps de travail des collègues est devenu une réalité.

Pour cette raison Sud éducation Paris revendique :
►une baisse du temps et de la charge de travail pour toutes et tous ;
►la prise en compte des tâches complémentaires au service aux cours, comme les concertations ou les réunions pédagogiques ;
►des augmentations de salaire et la fin du tout indemnitaire.

Le PPCR ou l’art de mettre au pas les enseignant-es

Dans le second degré la double évaluation administrative et « pédagogique » est conservée. La grille nationale d’évaluation définit onze compétences, avec quatre « niveaux d’acquisition ». Au côté des cinq compétences évaluées par les inspecteurs-trices, trois autres le seraient par le/la chef-fe d’établissement et les trois dernières le seraient de manière conjointe par l’inspection et par le/la chef-fe d’établissement. Les grilles sont différentes selon le corps.

La hiérarchie évaluera des compétences telles que la « coopération au sein d’une équipe », la « contribution à l’action de la communauté éducative », le fait que l’enseignant-e agisse « en éducateur responsable et selon des principes éthiques »... De plus, le/la chef-fe d’établissement va maintenant pouvoir juger des compétences pédagogiques. Ce seront davantage de pressions de la part de la hiérarchie pour imposer la mise au pas des personnels et la docilité dans la mise en œuvre des réformes contestées ou l’obéissance aux ordres absurdes. La dernière compétence, « s’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel », marque aussi une évolution du droit à la formation vers un formatage institutionnel imposé par la hiérarchie.

On reste ainsi dans la continuité des réformes des missions et des obligations réglementaires de service des enseignant-es des premier et second degrés, qui imposent toujours plus de tâches et de missions sans réduction du temps d’enseignement. Le but est d’assujettir les enseignant-es à un mode de management : on demande aux salarié-es de s’impliquer dans leur propre évaluation et de définir eux/elles-mêmes leurs objectifs. Cela dégrade les conditions de travail et induit une plus grande flexibilité dans le temps de travail. Pour les enseignant-es, ce sera multiplier les projets et les réunions diverses hors temps de service devant élèves et avec obligation de résultats.

Quatre « rendez-vous de carrière » sont institués : après 7 ans d’exercice, 13 ans, 20 ans puis en fin de carrière. Ils commenceront tous par une inspection en classe, suivie d’un entretien avec l’inspecteur-trice au cours duquel sera fait un retour sur l’inspection. Dans le cadre de « l’accompagnement », un deuxième entretien aura lieu entre l’enseignant-e et son chef-fe d’établissement dans un délai maximal de six semaines après l’inspection. Le/la chef-fe devient un-e manager de la carrière des enseignant-es, et s’immisce dans leurs pratiques pédagogiques.

Chaque évaluation pourra déboucher sur une accélération de carrière… ou pas. Seuls 30% des enseignant-es pourront bénéficier de cette accélération, 70% restant sur le carreau. L’évolution des carrières « au mérite » est donc maintenue et renforcée. Tout le monde doit désormais accéder à la hors-classe (plus ou moins tôt selon son « mérite »). Mais la mise en place d’une « classe exceptionnelle » vient élargir encore l’écart de rémunération entre un-e débutant-e et un-e enseignant-e « méritant-e » en fin de carrière. Aujourd’hui, l’écart entre l’échelon le plus faible et le plus élevé est de 434 points d’indice, il sera en 2020 de 582. La classe exceptionnelle sera réservée à 10 % des enseignant-es, 8 % pour celles et ceux qui auront des fonctions ou des missions particulières et 2 % pour les plus « méritant-es ».

Sud éducation est déjà opposé à la notation, aux inspections, à la différenciation et l’individualisation des carrières. Mais l’évaluation par entretien professionnelle est encore pire : individualisation, mise en concurrence, caporalisation, etc. On passe à l’ère du management sur le modèle de l’entreprise capitaliste (à la France Télécom avec les dégâts que l’on sait...), à toujours plus d’individualisation des parcours et de concurrence organisée entre collègues.

Si certaines organisations syndicales se félicitent, comme à leur habitude, de cette réforme et que d’autres réclament « des critères qui permettent de classer objectivement les personnels », Sud éducation Paris :
►continue de lutter pour la suppression de l’inspection, de la notation et de toute forme de division des personnels qui vise à maintenir la hiérarchie ;
►s’oppose à toute transformation managériale de l’évaluation des personnels et à tout accroissement du contrôle hiérarchique ;
►revendique la déconnexion entre les carrières et l’évaluation, la suppression de l’inspection et le développement de la coopération et de la formation entre collègues.

Registre de Santé et de Sécurité au Travail : un outil pour défendre nos conditions de travail

Ce registre permet de noter tout risque psychique ou physique, toute altération des conditions de travail, tout manque de respect à la législation et aux droits des travailleuses et des travailleurs :
- risques matériels et environnementaux (problèmes de salubrité, de chauffage ou d’espace, équipements ou matériels inappropriés ou insuffisants …) ;
- risques liés à l’organisation du travail (sous-effectif et non remplacement des personnels, charge de travail supplémentaire, évaluation-inspection malveillante, invasion numérique …) ;
- pressions et violences au travail (pression hiérarchique, agression verbale, refus d’un droit …).

Le/la chef-fe de service (IEN, chef-fe d’établissement, d’UFR, président-e d’université...) est responsable de la protection de la santé physique et mentale des personnels placés sous sa responsabilité conformément aux articles L4121-1 et suivants du code du travail. Les chef-fes de service ont obligation de répondre. Ce document a une valeur juridique. Le RSST doit être obligatoirement présent dans tous les établissements de la maternelle à l’université, conformément au décret 82-453 du 28 mai 1982.

Tou-tes les personnels peuvent l’utiliser  : agent-es de l’administration ou de la région, AED, AESH, AVS, animateurs-trices du service civique, contractuel-les, infirmièr-es, professeur-es... Les usager-es (parents, élèves, intervenant-es extérieur-es) peuvent aussi déposer dans un RSST distinct de celui des personnels.

Si vous souhaitez plus de précisions ou des conseils pour remplir le RSST, n’hésitez pas à nous contacter ou à consulter la marche à suivre sur notre site.

Un collège à la peine

À la rentrée 2016, le gouvernement a mis en place une réforme des cycles et des enseignements en collège. Afin d’évaluer les conditions de travail des personnels, la Fédération SUD Éducation a lancé une enquête en ligne à laquelle plus de 600 personnes ont répondu ! Voici les conclusions et des morceaux choisis de cette enquête.

Une dégradation des conditions de travail...

L’insatisfaction des formations reçues ces deux dernières années est totale. Elles sont presque systématiquement jugées « inutiles », « inadaptées », et leur « contenu affligeant ». Elles traduisent manifestement « l’incroyable mépris de l’institution » pour les enseignant-es. La principale conséquence de la réforme est l’explosion de notre temps de travail. La « fatigue extrême due aux préparations » des nouveaux programmes et des EPI, auxquels s’ajoute la « mise en place non concertée de l’évaluation par compétences », aboutit à de « très nombreux arrêts maladies et burn-out ». La concertation (AP, EPI...) se fait sur le temps personnel, pendant la pause méridienne, après les cours ou le week-end. Entre « les IPR qui font pression pour mettre en place l’AP et les EPI » , et l’administration qui fait « du chantage à la suppression de poste sur les enseignant-es du bloc scientifique pour les pousser à la polyvalence », les relations entre enseignant-es se sont gravement dégradées. « La concurrence entre les disciplines génère des tensions empêchant tout travail en équipes ».

Des moyens insuffisants...

Un passage en force… sans les moyens. Dans les 3/4 des cas, le renouvellement des manuels n’a pas pu se faire faute de budget suffisant. On se retrouve dans des situations comme « choisir entre les livres ou le maintien des photocopies illimitées ». C’est une vraie usine à gaz. D’après cette enquête, les projets et les dispositifs déjà existants ont disparu pour les 2/3 des cas. Les effets sur les moyens horaires sont déjà bien visibles. Près de la moitié des établissements ont perdu des heures sur la DHG (dotation horaire globale) : « DHG amputée de 10h. Compléments de services plus nombreux, moins de cohésion d’équipe ». ll y a aussi les pertes disciplinaires : « En français, perte d’une heure », « Les heures d’AP mises en barrette qui font rogner 30 min d’heure disciplinaire pour chaque discipline ».

Prétextes pédagogiques…

L’interdisciplinarité était déjà mise en place dans beaucoup d’établissements. Les collègues qui ne la pratiquaient pas auparavant continuent de travailler de leur côté. Les EPI sont souvent considérés comme « fictifs » : aucun temps de concertation n’a été mis en place. Les enseignant-es sont globalement insatisfait-es de la mise en place de l’AP qui, pour des raisons d’emploi du temps et de moyens, se tient trop rarement en groupes. Et lorsque cela est possible, les disciplines sont mises en concurrence pour que les 26 heures élèves ne soient pas dépassées ; il n’y a pas suffisamment d’heures pour que toutes les matières puissent dédoubler leurs classes ou organiser des groupes. Des collègues soulignent également que la réforme des cycles pose problème pour les élèves de 6e SEGPA qui sont inclus-es « aux mépris des besoins spécifiques de ces élèves », « le tout au prétexte fallacieux que ces élèves feraient partie du cycle 3 alors qu’ils ont un niveau de cycle 2 ». Des « cours déguisés en EPI pour faire plaisir à la hiérarchie », à la perte « de 25 % de notre temps de travail avec les classes » à cause des AP et des EPI organisés sur les heures disciplinaires, en passant par la perte du nombre d’heures élèves (langues, sciences, français 3e...), les enseignant-es croulent sous une charge de travail colossale. Quoi qu’il en soit, il ressort que la place faite à l’AP, aux EPI ou que les freins qu’on tente de mettre à notre liberté pédagogique sont très variables d’un établissement à l’autre. Cela n’est qu’une illustration de la remise en cause du collège unique.

Et à la rentrée prochaine ?

Le 30 mai 2017, le ministre Blanquer déclarait : « Quand un collège réussit à faire plus qu’un autre, ce n’est jamais un problème. C’est quand il fait moins qu’un autre, que c’est un problème » . Ces propos tautologiques laissent entrevoir les perspectives qui s’offrent aux collèges : concurrence entre eux-elles, obligations de résultats, emprise de la hiérarchie. Cela dissimule mal la volonté d’accentuer l’école du tri social et de la sélection. Le ministre a, par le passé, défendu l’idée de mettre en place des groupes de niveau au sein des collèges. Ce sont les populations les plus défavorisées qui risquent de trinquer, notamment au collège où se joue une grande partie de l’orientation. À Paris, les collèges multisecteurs mis en place, durant l’année 2016-2017, sous prétexte de mixité sociale ne sont qu’une façade et un moyen pour le rectorat de faire des économies d’échelle.

Pour un collège égalitaire, Sud éducation Paris revendique :
►des effectifs réduits pour toutes et tous. Nous revendiquons une baisse des effectifs par classe pour atteindre 20 élèves maximum en collège ordinaire, 16 en éducation prioritaire, 12 en SEGPA. Nous revendiquons des dédoublements sur la moitié des horaires d’enseignement dans toutes les matières ;
►un collège réellement unique avec un enseignement polytechnique qui garantisse à tou-te-s les élèves l’exploration de tous les types de savoirs reposant sur des pratiques pédagogiques coopératives et émancipatrices ;
►la réduction du temps de travail. Nous revendiquons pour les enseignant-e-s que 3 heures soient soustraites des obligations de services pour être consacrées à la concertation.
►l’autonomie des équipes et l’abolition des chefs d’établissement : pour l’autogestion.

Lycées professionnels

Lors de son discours de politique générale 4 juillet 2017, le Premier ministre a affirmé qu’il fallait une « ambition forte » pour la filière professionnelle, prônant des liens « resserrés » entre le lycée professionnel et le monde de l’entreprise. Malheureusement les entreprises rentrent déjà par la grande porte au sein des lycées au détriment d’un enseignement qui développe le sens critique.

Aujourd’hui au sein des lycées professionnels la prééminence de l’entreprise se fait de plus en plus forte. Différents dispositifs sont déjà existants dans l’académie de Paris :

- EPA : Entreprendre pour apprendre, dispositif émanant d’un syndicat patronal (la CPME) qui propose une offre « éducative » aux enseignants.
- L’association 100 000 entrepreneurs qui intervient dans de nombreux lycée parisiens dont l’objectif et de transmettre la culture et l’envie d’entreprendre aux jeunes de 13 à 25 ans en France.
Ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres où les entreprises s’immiscent de manière insidieuses dans les lycées et bien souvent sur notre temps d’enseignement.

Dans un article rédigé pour le point le 26 janvier 2017, le ministre de l’éducation nationale M. Blanquer « il serait donc normal qu’elles (les régions) jouent un rôle accru dans la définition des parcours de formation et dans la gestion des lycées.  »

Cependant, depuis une vingtaine d’années, l’enseignement professionnel initial sous statut scolaire est constamment remis en cause et dévalorisé. Pour rappel, un certain nombre de réformes :

- Décentralisation acte I  : aux Régions sont transférés l’apprentissage, la formation professionnelle ainsi que la construction, l’aménagement et l’entretien des lycées.

- Décentralisation acte II : pour satisfaire les régions, transfert de la carte des formations. Accepter l’ouverture et la fermeture des sections de formation revient à livrer le service public au bon vouloir des entreprises avec des choix de financement de sections pouvant pénaliser des territoires (appauvrissement de la carte des formations, inégalités entre les Régions, suppressions de postes et fermetures de sections en LP ou transformations en CFA, vœux d’orientation des élèves non respectés).

- Réforme du Bac Pro  : passage au Bac Pro 3 ans pour faire l’économie d’une année de formation, suppressions de postes, suppression du BEP, augmentation du nombre de semaines de formation en milieu professionnel, évaluations en CCF.

- Lycée des métiers et des qualifications : regroupement de sections dans un même lycée, fermetures de sections dans d’autres, obligation pour les élèves de se déplacer loin de chez eux/elles pour aller en formation, intrusion plus importante des entreprises, incitation au mixage des parcours.

- Décomposition des diplômes en blocs de compétences : c’est la dernière nouveauté. En lien avec la loi travail, elle permet de n’obtenir qu’une seule partie du diplôme (le bloc professionnel par exemple) dans le but déguisé de déqualifier les emplois, de sous-payer les salarié-es en contournant les grilles de salaires.

Le transfert annoncé de l’enseignement professionnel à la Région est l’aboutissement de toutes ces réformes. Les conséquences vont s’avérer désastreuses : remise en question du statut des PLP (annualisation du temps de travail, changement de statut de fonctionnaire d’État à celui de la territoriale), fusion des LP et des CFA, remise en cause du droit à mutation, licenciement plus facile….

Transférer l’ensemble des compétences en matière de formation professionnelle initiale aux Régions revient à abandonner l’ambition d’une scolarisation commune pour tous-tes les jeunes. Les adolescent-es et jeunes adultes seront réduit-es à une fonction utilitariste si les formations proposées ne répondent qu’aux besoins immédiats des entreprises d’un territoire. Cela conduira à accentuer les inégalités régionales et à offrir des formations ne permettant pas aux futur-es salarié-es d’envisager un avenir professionnel au-delà du territoire où elles et ils/elles ont été scolarisé-es.

Le développement actuel de l’apprentissage impose aux jeunes issu-es des classes populaires un salariat précoce au détriment des formations généralistes qui garantissent un meilleur accès aux études supérieures et à l’emploi. L’échec récent des différents plans de relance de l’apprentissage révèle les réticences des entreprises à consacrer du temps à la formation. Mais l’État et les Régions insistent, jetant l’argent public par les fenêtres.

L’École, enseignement professionnel compris, doit demeurer un espace dédié aux savoirs et au développement de l’esprit critique dans le cadre d’un projet éducatif qui prime sur l’intérêt à court terme des entreprises privées.

Dans ce contexte, Sud éducation :
►combat et combattra avec force et conviction toutes ces réformes et projets qui favorisent la mainmise du pilotage de la formation professionnelle par le patronat sans qu’il n’ait à en supporter le coût avec une mise à disposition des moyens publics matériels et humains (infrastructures, plateaux techniques, personnels et enseignant-es de formation et de recherche) et qui s’inscrivent dans le projet néo-libéral de détricotage des grilles de qualifications professionnelles au profit d’une capitalisation individuelle et « entrepreneuriale » des compétences ;
►continuera de s’opposer à la régionalisation et appelle les personnels à se préparer à construire des mobilisations pour l’année 2017/2018 !

État des lieux des lycées généraux et technologiques parisiens

Des effectifs de classe en augmentation


Les effectifs des classes de seconde à terminale ne cessent de croître dans l’académie de Paris
puisque la part des classes de plus de 34 élèves est passée de 25 % à 40 % sur les cinq dernières années. Dans le même temps, le nombre moyen d’élèves par classe est passé de 28,3 à 30.

Une dégradation des conditions de travail

La réforme du lycée a réduit à la portion congrue le nombre de groupes dédoublés, dédoublements qui ne sont plus fléchés nationalement. Les heures d’AP et d’EMC ne permettent en rien d’améliorer les conditions d’apprentissage pour les élèves et les conditions de travail pour les professeur-es. En trop petit nombre, elles ne servent dans les faits qu’à semer la zizanie entre les différentes disciplines mises ainsi en concurrence, asseoir davantage l’autorité des chef-fes d’établissement, et ne constituent au final, comme la hiérarchie ne s’en cache plus, qu’une « variable de gestion des services ». D’autant que les effectifs des groupes de langue ne cessent de croître suite à cette même réforme puisque les DHG stagnent ou diminuent alors qu’il existe une poussée démographique. Le contrôle continu a aussi été introduit dans l’examen terminal, les professeur-es évaluent les élèves en cours d’année, lors d’épreuves qui alourdissent leur charge de travail, sans compensation financière.

L’appauvrissement des professeur-es et le développement du précariat

Alors qu’il manque déjà des enseignant-es en SES, en technologie, en lettres classiques, en mathématiques... pour cette rentrée 2017, Paris ne fait pas partie des académies où les créations de postes sont les plus nombreuses. Mais cette question n’est pas la plus fondamentale, comment attirer des professeur-es sans revalorisation salariale ? Comment se loger à Paris ? La réponse apportée par l’Académie de Paris n’est pas satisfaisante, elle consiste à recruter des contractuel-les, plus de 1000 en 2016, peu formé-es, peu payé-es, corvéables à merci, inscrit-es donc sur des emplois précaires alors même que les besoins sont pérennes.

Une politique en faveur du privé

Les établissements privés sous contrat n’ont pas les mêmes élèves que dans les établissements publics et opèrent un tri social bien connu. Comment s’étonner du surplus d’élèves en collège et en lycée privé à la rentrée prochaine lorsque certains établissements publics parisiens sont abandonnés par les pouvoirs publics sans volonté véritable d’y remédier. Pour en finir avec le dualisme scolaire, il faut socialiser sans indemnité les établissements d’éducation confessionnelle et patronaux, et ainsi donc mettre en place une véritable carte scolaire.

Des suppressions de postes à tous les étages

L’Académie de Paris n’a pas la volonté de lutter contre les heures supplémentaires qui peuvent constituer plus de 10 % de la DHG dans certains lycées, où les enseignant-es sont parfois contraints d’accepter ces heures. Le nombre de personnel-les administratifs-ves ne cesse de diminuer comme le nombre d’agent-es de la Région, dont les fonctions sont de plus en plus externalisées. Il est à noter que les personnels de Paris sont « vieillissants » et que les contre-réformes des retraites auront pour conséquence de dégrader les conditions de vie. Région et Académie ont tendance à individualiser les difficultés liées à l’environnement de travail, facteur de maladies, or il s’agit ni plus ni moins des conséquences de décisions politiques, les personnels en font toujours plus, avec moins de moyens ; et à ce titre, il s’agit bien de problème collectif et non de question individuelle.

Sud éducation Paris revendique :
►Des effectifs réduits pour toutes et tous. Nous revendiquons une baisse des effectifs par classe pour atteindre 20 élèves maximum, 16 en éducation prioritaire, les élèves en intégration et inclusion devant être comptabilisé-es dans les effectifs des classes. Nous revendiquons des dédoublements sur la moitié des horaires d’enseignement dans toutes les matières.
►Un lycée polytechnique qui garantisse à tou-tes les élèves l’exploration de tous les types de savoirs, qu’ils soient manuels, techniques, artistiques ou théoriques, reposant sur des pratiques pédagogiques coopératives et émancipatrices.
►La réduction du temps de travail. Nous revendiquons pour les enseignant-es que 3 heures soient soustraites des obligations de services pour être consacrées à la concertation, dans le cadre d’une baisse du temps de travail à 14h de classe par semaine + 3h de concertation.

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