Depuis plusieurs jours, personnels, élèves, étudiant·es et familles suffoquent. Dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités, on essaie de tenir comme on peut : boire, se rafraîchir, trouver un coin d’ombre, survivre à la journée et tenter de dormir la nuit. Pendant ce temps, l’institution fait comme si de rien n’était, ou presque.
La canicule n’est pas un « aléa ». C’est une conséquence directe du dérèglement climatique, produit d’un capitalisme prédateur, fondé sur l’exploitation des écosystèmes jusqu’à l’épuisement des ressources et du vivant. Un système qui écrase les travailleur·euses et rend les plus pauvres toujours plus vulnérables.
De la maternelle à l’université, ce n’est plus de l’enseignement ou du travail, c’est de la survie !
Partout, c’est le même scénario :
- ventilateurs insuffisants, parfois prêtés par les familles ;
- couvertures de survie sur les fenêtres faute de stores ou de volets ;
-cours, préaux ou couloirs transformés en refuges de fortune ;
- sorties, fêtes d’école et activités annulées ;
- élèves absents en nombre, familles contraintes de garder les enfants comme elles peuvent ;
- personnels sommés de continuer malgré les maux de tête, vertiges, nausées, fatigue extrême et coups de chaud.
À ce stade, il ne s’agit plus de « confort », mais de santé et de sécurité.
L’administration n’a rien anticipé malgré des interpellations faites bien en amont de cette deuxième canicule. Elle nous renvoie à notre responsabilité individuelle, ou aux bonnes grâces de nos directions. Tout ou presque a été refusé.
À la place, on laisse les équipes bricoler localement, école par école, établissement par établissement, service par service. Débrouillez-vous avec vos élèves, avec vos salles surchauffées, votre santé, votre âge, vos enfants, vos vieux parents, votre conscience professionnelle !
Quand les collègues exercent leur droit de retrait, remplissent le registre RSST, demandent des ASA, l’administration ne répond pas ou répond de façon tardive, inégale, confuse, parfois en essayant de durcir les conditions au dernier moment. Depuis leurs locaux rénovés et climatisés, certains DGS osent même refuser les adaptations de service, arguant qu’il nous faudrait plutôt « apprendre à travailler avec ces chaleurs ».
Au collège, les épreuves du brevet sont maintenues. Trente degrés dans les salles et même plus. Idéal pour se concentrer ! Surtout quand on n’arrive pas à dormir depuis plusieurs jours.
En lycée professionnel, les élèves de terminale ont encore des cours, des examens. Des classes de CAP, de seconde et de première sont en stage en entreprise.
A l’université, les bâtiments si beaux de l’extérieur sont rendus invivables par des années d’investissement retardés, où magasiniers triment dans des réserves étouffantes et personnels administratifs maintiennent un lien dans des bureaux où iels manquent de s’évanouir.
Le choix a été fait : notre santé passera après leurs profits, il faut bien continuer à faire tourner ce système qui nous détruit.
Quel message envoie-t-on aux élèves et au étudiant.es ? Quoi qu'il arrive tu dois bosser !
Ce sont les élèves, les familles et les personnels de l'éducation les plus pauvres qui souffrent le plus de la canicule. Iels habitent les logements les plus petits, les moins isolés et dans les quartiers les moins végétalisés. Quand on a de faibles revenus, pas les moyens de s'échapper de son quartier pendant la canicule ou d’adapter son lieu de vie. Et pour les habitant·es des quartiers populaires, très souvent racisé·es, iels subissent en plus les violences policières et le racisme d’État : quelle rapidité ont nos forces de l’ordre quand il s’agit d’aller crever des piscines installées dans ces quartiers ou d’interpeller un enfant de 14 ans qui a l’audace d’en sortir et de « terroriser » la bonne société parisienne avec son pistolet à eau !
Le changement climatique n'est pas seulement une question écologique. C'est une question sociale et politique.
Le gouvernement, les hauts cadres de l’Éducation nationale et de la fonction publique n’ont rien anticipé pour cette canicule.
En Île-de-France, Valérie Pécresse et la Région se rendent aussi complices de cette politique : pendant que les lycées publics et leurs personnels suffoquent dans des bâtiments inadaptés au réchauffement climatique, la Région continue de financer largement les établissements privés, au lieu de mettre tous les moyens nécessaires dans le service public d’éducation, la rénovation thermique des bâtiments et la protection des élèves comme des personnels.
Ils sont dans leurs bureaux bien climatisés et dans leurs logements douillets. Leur politique, c’est le tri social, l’abandon du service public et la reproduction des inégalités.
L’institution improvise : on annule, on déplace, on répartit. Pire, l’État nous culpabilise en nous implorant comme l’a fait la ministre de la santé d’aller voir nos voisin·es âgé·es et isolé·es pour leur éviter de crever seul·es dans leur bouilloire. Tout cela sans donner les moyens à celleux qui en ont besoin de s’occuper de leurs proches fragiles, puisque de toute façon, il faut bosser. Mais cette débrouille quotidienne à laquelle les pauvres sont contraint·es, canicule ou pas, ne peut pas remplacer une politique de protection collective.
Nous n'avons rien à attendre d'elleux.
Alors il est temps de compter uniquement sur nous. Il est temps de dire ce que nous voulons : une société et un enseignement égalitaires, solidaires, fraternels et sororelles, pour toutes et tous ! Un service public capable de répondre à l’urgence climatique sans abandonner les plus précaires et les plus fragiles.
Nous exigeons immédiatement :
➜ la fermeture des écoles, collèges, lycées, universités, laboratoires lorsque les températures rendent l’accueil dangereux, avec des consignes claires et protectrices pour tous les personnels ;
➜ le report des examens et des épreuves maintenus en pleine canicule ;
➜ des ASA sans obstacle et sans pression hiérarchique pour les personnels qui ne peuvent travailler dans des conditions sûres, pour les personnels qui doivent protéger leurs enfants et leurs ascendant·es isolé·es exposé·es aux fortes chaleurs, pour les personnels soumis à de longs temps de transport ;
➜ la reconnaissance effective du droit de retrait lorsque les températures mettent en danger la santé des agent·es et des enseigné·es ;
➜ la prise en compte immédiate du risque chaleur dans tous les DUERP, registres RSST et plans de prévention ;
➜ des mesures d’urgence pour tout·es les élèves et personnels ;
➜ un plan massif de travaux et d’adaptation du bâti scolaire : isolation, stores, volets, ventilation, végétalisation, points d’eau, salles rafraîchies, réorganisation des espaces.
Parce que la chaleur n’est pas un incident mais un problème politique, parce que nos vies valent plus que leurs tableaux Excel, parce que nos élèves ont droit à autre chose qu’à une garderie surchauffée, nous refusons de continuer à étouffer en silence !
